Qu’il ait 2, 6 ou 15 ans, bien faire manger son enfant n’est pas chose facile. Avant de s’installer à la « table des négociations », explications et conseils du pédiatre René Gorge, Attaché à l’hôpital de Tours.

 

Bien manger, est-ce que cela s’apprend ?

Aujourd’hui, nous connaissons avec précision ce qui est nécessaire à un enfant pour bien grandir. Il a besoin d’un cocktail quotidien d’éléments essentiels, composé notamment de calcium, de protéines et d’acides gras essentiels.

Les mamans souhaitent atteindre cet objectif nutritionnel, en transmettant à leur enfant de bonnes habitudes alimentaires. Manger de tout, en quantité raisonnable et à heure régulière, par exemple. Pourtant l’enfant fait de la résistance. Inutile de s’inquiéter : l’alimentation s’inscrit naturellement dans l’éducation globale et l’exemple donné par les parents joue un rôle important.

 

À quel âge débutent les premiers conflits à table ?

Durant les premiers mois de la vie de bébé, les repas sont un moment de pur bonheur. Tout se complique avec l’entrée dans la deuxième année. L’enfant accomplit alors des progrès spectaculaires. A table avec le reste de la famille, il découvre des aliments aux textures et aux goûts différents.

Cependant, simultanément, il entame une période d’opposition qui correspond à une nouvelle étape de son développement. Et sur le terrain de la nourriture, comme sur celui de la propreté ou du sommeil : c’est non ! Un repas qui se passe mal est stressant pour la « mère nourricière ». En fait, cette opposition demande à être dépassée, au même titre que celle exprimée lors du coucher.

 

Au fil des ans, comment gérer l’opposition ?

Entre 3 et 10 ans environ, apparaît le rejet de la nouveauté, appelé aussi néophobie alimentaire. L’arrivée d’une préparation inconnue sur la table se traduit par un visage qui se ferme et des « j’aime pas » ou « c’est dégoûtant »… Là encore, la fermeté s’impose, assaisonnée d’une certaine dose de compromis.

Les parents sont à même de comprendre que, progressivement, le goût de leur enfant s’affirme. Il est compréhensible de ne pas aimer deux ou trois aliments, mais pas cinquante ! La négociation réclame de goûter au moins quelques cuillerées. Une occasion aussi de mettre des mots sur le rejet et sur les différentes saveurs. « Je n’aime pas ça parce que ça pique, c’est amer, acide », etc.

 

Le repas, un moment éducatif privilégié ?

Manger ne se résume pas à ce qu’il y a dans l’assiette. Le repas véhicule des codes culturels qui dépassent les règles de nutrition. On apprend, entre autres, à se tenir à table d’une façon adaptée à son âge et à consacrer un moment précis à se nourrir, ce qui constitue une excellente parade contre le grignotage.

Manger ensemble, et les mêmes plats, permet à l’enfant de voir les grands goûter à tout. Télévision éteinte, c’est aussi un moment où chacun parle de sa journée. C’est une bonne occasion d’avoir des discussions de fond mais décontractées avec ses enfants.

 

Pourquoi, à l’adolescence, tout semble à refaire ?

Dix minutes de retard à chaque repas, soudainement végétariens ou d’une humeur exécrable… À table, les ados se déchaînent et les parents se désespèrent : « Nos efforts n’ont donc servi à rien ! »

Qu’ils se rassurent : momentanément enfouis, les repères qu’ils ont mis en place restent. Pendant les années où, apparemment, tout allait bien, les bonnes habitudes alimentaires se sont ancrées. A l’adolescence, la nourriture devient juste une façon de se démarquer et de s’opposer.

 

Comment aider son ado à conserver son équilibre alimentaire ?

Les besoins alimentaires de l’adolescent se calquent sur l’accélération de sa croissance. Il a des besoins plus élevés en calories, mais aussi en protéines, en vitamines et en minéraux. Il faut particulièrement veiller aux apports en fer, calcium et vitamine D.

La différence majeure par rapport au temps où il était plus jeune est qu’il se sert directement dans le réfrigérateur ! Le rôle des parents consiste à respecter les mêmes règles alimentaires qu’avant pour remplir leur caddie. Qu’ils continuent à acheter des aliments diversifiés en tenant compte des saisons. Leur ado conservera alors, mine de rien, équilibre et variété, avant de retrouver avec l’âge adulte un comportement alimentaire responsable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.