Du bébé qui n’apprécie que le sucré au senior qui raffole des aliments qu’il mangeait lorsqu’il était jeune, le goût de l’homme ne cesse d’évoluer au cours de sa vie. Voici une interview faites avec Matty Chiva, professeur de psychologie de l’enfant et de l’adolescent, et auteur de « Le doux et l’amer », aux Presses Universitaires de France*.

 

Les goûts changent-ils avec l’âge ?

Oui. À la naissance, des tests l’ont montré, nous n’aimons de façon innée que la saveur sucrée. Or, quelques années plus tard, nos goûts et dégoûts peuvent être extrêmement différents. C’est bien la preuve qu’ils s’acquièrent. Comment ? Nos préférences alimentaires sont orientées par des facteurs sociologiques, culturels, religieux… Les parents ont donc une lourde responsabilité. En présentant à leur enfant telle ou telle nourriture qui leur paraît bonne selon leurs propres critères, ils sont les premiers vecteurs éducatifs.

Il existe de plus un effet génération : les adultes des années 2000 ne mangent pas comme ceux des années 1970. On conserve des préférences pour les aliments que l’on avait l’habitude de manger plus jeune (c’est comme pour les musiques !).

En outre, la nourriture traduit l’idée que l’on a de son âge. Ainsi, les personnes âgées ne mangent pas autant de steaks hachés (pour des raisons dentaires) que l’on pourrait l’imaginer, parce qu’elles estiment que c’est une nourriture de bébés. Mais les seniors demeurent curieux : ils n’hésitent pas à introduire dans leurs recettes traditionnelles des produits  » modernes  » tels que le ketchup ou les des produits surgelés. (Pour plus d’informations, voir les articles sur les guides nutritionnels sur les hommes âgés, femmes âgées et nutritions des bébés)

 

La culture compte-t-elle beaucoup ?

Énormément. Les nourritures peuvent être tentantes ou dégoûtantes, selon le lieu où l’on naît. Ainsi, en France les fromages fermentés sont particulièrement appréciés. En revanche, les insectes dont raffolent les Papous de Nouvelle-Guinée apparaissent comme quelque chose de répugnant. La consommation d’un aliment donné est signe de son appartenance à un groupe de pairs, comme le piment dans la cuisine thaïe ou le beurre salé dans les plats bretons. Enfin, à chaque religion correspondent des prescriptions alimentaires (aliments cashers chez les juifs), des prohibitions (le porc chez les musulmans), des recommandations (du poisson le vendredi chez les catholiques). Tout cela contribue à influencer nos choix et nos goûts alimentaires.

 

Pourquoi l’adolescence est-elle une période charnière dans l’apprentissage du goût ?

L’adolescence est une période d’exploration, où les jeunes ont envie de tout essayer. Par imitation, afin de s’intégrer à une  » bande « , ils se mettent à consommer de nouveaux produits : café et bière pour l’amertume, plats exotiques pour les saveurs piquantes, qu’ils apprennent à apprécier. De plus, la puberté, caractérisée par des changements hormonaux et des transformations corporelles et physiques, marque une rupture dans la perception des saveurs et des mets. Il peut y avoir, par exemple, des dégoûts pour la viande, qui rappelle trop le corps et la matérialité physique. Certaines filles se mettent à moins aimer les produits très sucrés. Certaines adolescentes, complexées par leur nouvelle enveloppe corporelle, vont se diriger vers une alimentation diététique et peu calorique. S’ils souffrent d’acné, les jeunes vont renoncer à certains aliments gras. (Pour plus d’information voir articles Alimentation de l’adolescent et Alimentation de l’adolescente)

 

Y a-t-il des avantages à avoir des goûts diversifiés ?

Oui. Avoir des goûts diversifiés facilite la vie sociale et permet la prise de repas nutritionnellement corrects, bons pour la santé. Toutefois, n’oublions pas que manger demeure toute la vie une source importante de plaisir recherchée au quotidien.

 

Peut-on élargir sa propre palette de goûts ?

C’est difficile. Jamais on ne pourra faire aimer tout à tout le monde, car nous ne sommes pas égaux d’un point de vue sensoriel. Pour des raisons génétiques, nous ne ressentons pas tous la même saveur avec la même intensité. Les femmes sont, en général, plus sensibles que les hommes. Le niveau de perception de l’amertume varie beaucoup d’un individu à l’autre : certains ressentent très désagréablement le café, le jus de pamplemousse, le chou, le chou-fleur, le brocoli, etc. Notre appréciation des aliments tient aussi à nos expériences émotionnelles : par exemple, on aime particulièrement tel aliment parce qu’on en mangeait enfant chez nos grands-parents. C’est la fameuse petite madeleine de Proust. Un même aliment peut donc être adoré par certains et détesté par d’autres, en fonction de chaque expérience personnelle. Un enfant qui a été malade après avoir mangé des asperges, par exemple, pourra avoir un blocage psychologique envers l’asperge qu’il devra dépasser pour y revenir.

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